Discours ONU 28 novembre 2025

Discours du 28 novembre 2025 – ONU – Genève
18ème forum sur les questions relatives aux minorités – titre 3


Mesdames, messieurs, les Représentants de l’O.N.U.
Mesdames, messieurs, les Représentants de toutes les nations
Mesdames, messieurs, les Représentants des minorités


Je ne me fais pas le porte-parole de toutes les minorités plus ou moins reconnues
mais juste le porte-parole de la minorité savoisienne, peuple millénaire, dernière
colonie absorbée par la France en 1860


Je souhaitais apporter un début de réponse sur la pleine contribution des
minorités au tissu économique, social, culturel, politique et institutionnel dans la
société
Jeu auquel je ne pensais pas qu’une réponse soit aussi dure à apporter.
Comment prouver justement cette contribution dans un pays qui ne reconnaît
pas le droit des minorités sur son sol ? qui dissout une association au motif que
vouloir faire valoir des droits entérinés par des traités est une atteinte au peuple
tout entier de ce pays ?
Nos contributions sont purement passives, dans un état purement centralisateur
dont les incompétences dans beaucoup de domaines ne sont plus à démontrer, 9
mois et toujours pas de budget voté… La Démocratie a démontré la faiblesse de
la Constitution et l’incompatibilité de la centralisation avec les différences
géographiques et historiques.
La Savoie a toujours su gérer son propre territoire, son tissu économique fort
remonte à avant l’annexion par la France en 1860. Malgré un climat rude de par
les montagnes que vous pouvez voir de l’autre côté du Léman, les paysans
s’avaient s’adapter en se transformant en décolleteur l’hiver venu ou en se
déplaçant dans les pays voisins pour faire les tâches souvent considérées comme
ingrates (cochers, ramoneurs…) mais aussi de la haute bourgeoisie (notaires,
avocats…). La Savoie est un territoire moteur pour la France : tourisme, décolletage, … Avec une croissance de la population d’environ 10%/an le
chômage n’augmente pourtant pas avec une stabilité aux environs de 5.5% soit
2.2 points en dessous de la moyenne nationale, un PIB supérieur à
44000€/habitant contre 39000 pour la France. L’absence de gestion par des gens
issus de la montagne ne permet pas une amélioration des conditions de travail
car des taxes sont créées de toutes part pour limiter le bénéfice que pourrait
engendrer une décentralisation. Mais comment prouver que la gestion d’un
territoire par le peuple qui a toujours su s’en occuper serait gagnant pour tout le
monde quand politiquement et juridiquement ce peuple n’existe pas ?
Concernant la contribution sociale et culturelle, la priorité devrait être donnée
sur l’éducation, non seulement vis-à-vis de la langue mais aussi historiquement,
géographiquement et ethnologiquement. La mixité provient tout d’abord de
l’acceptation de soi avant l’acceptation de l’autre. Ne pas se reconnaître dans
une culture ne veut pas dire la rejeter, mais avoir le droit d’être soi-même.
Reconnaître la particularité de chaque peuple permet à chacun de s’identifier tel
qu’il est, et quand il sait qui il est il pourra alors accepter les autres cultures. Il
pourra se rendre compte des différences sans les juger, sans se sentir supérieur
ou menacé. Si il connaît son histoire, et pas celle d’un autre, si il sait où il est at
pas là où on voudrait qu’il soit, la liberté sera aussi plus facile à atteindre. On est
en France oui. On a fait la révolution française ? Non, on l’a subie. On a perdu à
Waterloo ? Non on a gagné aux côtés des Anglais ? Ce n’est pas la France qui
fait les français, c’est le passeport. Une langue officielle, ce n’est pas une langue
maternelle, les deux doivent cohabiter tout comme l’anglais aujourd’hui est
rentrée dans les mœurs comme langue internationale. Plus de 27% des Etats sont
bilingues ou multilingues, fonctionnent-ils moins bien que les Etats unilingues.
Et sans rendre les langues minoritaires officielles, les états ne devraient pas
interdire ou rendre difficile cet apprentissage. Encore une fois, si les minorités
sont respectées dans leurs différences, elles accepteront plus facilement la
mixité.
Politiquement, il ne devrait y avoir aucune différence entre les peuples qui
composent un état, une nation… Mais dès lors qu’un état n’arrive pas à rendre
uniforme son territoire sur le coût de la vie par exemple alors la politique devrait
pouvoir permettre à tout un chacun de rester vivre chez lui. Comment peut-on
imposer un salaire minimum identique sur tout un territoire alors que le coût de
la vie est différent d’un point à un autre ? Encore une fois la centralisation ne
permet pas de différencier les différentes régions et des difficultés existantes en
fonction de sa situation géographique et démographique. La répartition de la
population, des infrastructures, de l’emploi sur le territoire dépend entièrement
de la politique de l’Etat alors qu’il devrait l’être au cas par cas, en tenant compte
des spécificités locales, techniques, …
Dans le cadre institutionnel, nos écoles étaient réputées, elles ont été fermées les
unes après les autres par la France pour ne pas faire d’ombre aux écoles
françaises ainsi, aussi, nos enfants sont obligés de se déplacer pour poursuivre
les études au-delà de Bac + 2ans (BTS, DUT) et le retour sur leur terre natale
après l’obtention de leur diplôme n’est pas non plus toujours assuré. La santé est
réduite de plus en plus à son minimum. Le nombre d’hôpitaux a été divisé par
deux, les médecins spécialistes sont de plus en plus durs à trouver, les tribunaux
réduisent leurs effectifs à défaut de pouvoir les fermer (merci au traité de Turin
de 1860).
Oui l’intégration d’un peuple à une grande nation peut être quelque chose
d’honorable, mais tout ce qui est caché ressurgit un jour. Et c’est quand on se
sent floué, trahit, qu’une déchirure se crée et plus le temps passe et plus la
blessure s’ouvre et ne se referme jamais. Un peuple, c’est un groupe d’humains,
et c’est normal qu’il agisse de concert comme un seul homme. Plus une nation,
un Etat méprisera un peuple plus il aura de chances qu’un jour ce peuple se
retourne contre lui. En Savoie, on le ressent certes moins que d’autres peuples,
nous ne sommes pas martyrisés, tués, violés. Mais par comparaison à l’être
humain nous sommes constamment harcelés par dénigrement et rabaissement.
On nous a divisé en 2 (Savoie et Haute-Savoie, nous nommant les deux Savoie
avec ou sans « S » au gré des publicistes, on nous a changé de nom : Savoyard,
péjoratif de Savoisien, on nous a supprimé notre histoire, nous rappelant tous les
ans la création de la République alors que c’est elle qui a massacré nos ancêtres.
Si la France ne souhaite pas reconnaître le peuple de Savoie, les Savoisiens,
doit-on alors parler d’Ethnocide ou de Génocide. Ce peuple a voté en 1860 pour
son intégration au territoire français pas pour sa propre disparition.
« Lorsqu’une nation peu nombreuse s’unit à une grande nation, elle traite d’égal
à égal, sinon elle est esclave. » Rapport sur la Réunion de la Savoie à la France
27 novembre 1792 qui peut s’appliquer à toutes les minorités ici présentes.
Pour la Direction aux Affaire Savoisiennes
Fabrice Dugerdil
Le 28 novembre 2025